Lhassa est à 500 kms, nous y arrivons en une journée et demie. Nous roulons un peu de nuit et la vision n’est pas trop rassurante, de plus nous sommes dans 2 voitures différentes : il pleut, on ne voit pas grand chose, aucun marquage, on double des tracteurs sans lumières, on croise des camions, des gamins traversent n’ importe où, c’est un peu dangereux. Le lendemain, passage par Xigaze où on nous avait parlé d’un poste de contrôle mais rien du tout, et une fois dans la région de Lhassa nous sommes en zone libre, donc excellent : nous aurons traverse le Tibet for free !

Lhassa, nous entrons dans l’agglomération par des kilomètres de grosses avenues chinoises. Nous sommes déposés devant le Potala ! C’est quand même grandiose d’arriver là, mais un sentiment inconfortable s’installe vite : la sensation d’être à l’entrée d’un musée. Voila ce dont les chinois on fait de Lhassa : une destination touristique de haut niveau. Sur la grande place au pied du Potala, un spectacle de fontaines commence, on croirait assister à un sketch.



Le Potala est la résidence spirituelle du dalaï-lama, ce dernier étant à l’heure actuelle refugié en Inde. C’est en 1950 que les chinois envahissent le Tibet et notamment Lhassa, la capitale du bouddhisme tibétain. De nos jours, la ville est enclavée dans une cite chinoise et il ne reste qu’un tiers des maisons tibétaines d’origine dans la vieille ville. Le livre Le Dessous des Cartes résume bien la situation : « Pékin a fait du Tibet une province chinoise, de Lhassa une ville chinoise, des Tibétains une minorité en leur propre capitale, et bientôt de leurs rites religieux, une curiosité folklorique ».


Le Jokhang, sanctuaire religieux, marque le centre de la vieille ville. Nous longeons des milliers de boutiques chinoises pour y arriver, et sur place c’est une zone à touristes à forte densité. Nous découvrons alors Lhassa sous cet angle et nous ne pouvions pas imaginer cela avant d’être arrivés. Nous même, nous pouvons éprouver de la culpabilité d’être là en tant que touriste malgré tout.


Bref, nous trouvons un super site de camping pour dormir, devant le Potala. Au moins, voila un bon point offert par les chinois : de l’herbe bien verte et un arroseur qui fuit pour se laver, et personne ne vient nous embêter. Le matin, les tibétains prient devant le palais, en s’allongeant par terre, alors que les chinois font leur jogging.



Nous avons une journée avant le départ de Yohan, pour voir des choses dans le coin. Au monastère de Sera, nous assistons au débat journalier de rhétorique. C’est un truc de oufs à voir : les moines tibétains se livrent à de vrais combats de parole. Pendant 2 heures, un est assis au sol et en prend plein la tête par celui qui est debout et qui affirme ses choses en claquant fort dans les mains. Incroyable, les gars sont à fond, sur la fin on en voit même se sauter dessus. Dommage que nous ne comprenons pas le dialogue mais même sans cela on arrive à rentrer dedans. Tout autour de la cour, nous sommes entre touristes, appareils photos et cameras, et le respect par rapport aux moines est des fois oublié par certains, mais que faire ?



Suite du programme : j’achète un petit vélo de ville, bleu, tout neuf, et pas cher. Mon idée est de continuer mon chemin à vélo, pendant une petite semaine : vers l’est et par une route qui longe le Brahmapoutre, fleuve qui coule ensuite vers l’Inde. Yohan rentre au bercail en avion. Nous passons la dernière nuit dans l’enceinte de l’aéroport, ce dernier étant à 60-70 kms de Lhassa, liaison en navette.


Notre voyage se termine, cela aura été un super trip entre frangins. Et on aura fait de la route tabarnak, dans les 4000 kms depuis Bishkek, et pas toujours facile. Le boulot restant est pour Yohan : le montage des 41 heures de rushs ! Film bientôt dans les salles.



Lhassa et fin du « voyage -tournage »